Caritas critique la manière de prendre en charge les enfants mineurs non accompagnés

Caritas Suisse critique la manière de prendre en charge les enfants mineurs non accompagnés réfugiés en Suisse. Ces enfants sont traités de manière très différente selon les cantons, et leur prise en charge montre des carences manifestes.

« Comme les enfants réfugiés sont privés de leurs parents, les institutions doivent endosser un rôle et une responsabilité particulière », a déclaré mardi à Berne Hugo Fasel, président de Caritas Suisse, lors d’une conférence de presse dont l’Agence télégraphique suisse s’est faite l’écho.

Les carences concernent en premier lieu la procédure. Les enfants réfugiés sont insuffisamment informés de leurs droits, des procédures d’asile ou du fait que la loi prévoit une personne de référence à leur côté, a relevé Isabelle Müller, responsable du service de consultation juridique de Caritas.

« De par leur méconnaissance de la langue et souvent parce qu’ils ne savent pas lire et écrire, ces enfants sont incapables de remplir seuls leur fiche de données personnelles », a expliqué Isabelle Müller. Selon Caritas, « chaque enfant doit être accompagné d’une personne de confiance et bénéficier d’une assistance juridique dès la première audition ».

Scolarité et formation
Caritas Suisse relève aussi des lacunes dans la scolarité et la formation. L’école, obligatoire jusqu’à 16 ans en Suisse, est très différente d’un canton à l’autre, et les enfants réfugiés de plus de 16 ans ne peuvent plus fréquenter l’école publique.
« Ces derniers n’ont souvent pas les connaissances de base pour commencer un apprentissage ou une formation professionnelle », souligne Martin Flügel, responsable du secteur politique et affaires publiques.
Pour Caritas, ces enfants doivent intégrer le système scolaire aussi vite que possible, l’objectif étant d’atteindre le niveau de la 9e. Après l’éducation de base, Caritas demande la mise en place dans les cantons de possibilités telles que des classes passerelles ou des préapprentissages d’intégration.
L’oeuvre d’entraide demande également que les enfants réfugiés bénéficient d’un encadrement adapté et de personnel qualifié dans le domaine socio-pédagogique. Il s’agit aussi d’harmoniser au niveau cantonal les standards d’hébergement et d’encadrement pour que les enfants bénéficient du même traitement.

Détermination de l’âge
Caritas critique également « la méthode très discutable de la détermination de l’âge (qui fait) basculer des enfants mineurs dans la majorité, ce qui permet de contourner les garanties que leur offre la Convention relative aux droits de l’enfant ».
« Ces enfants tombent dans une espèce de no man’s land et n’ont plus de recours », a précisé Hugo Fasel. Par ailleurs, le directeur de Caritas déplore que certains enfants soient abandonnés à eux-mêmes le jour de leurs 18 ans, alors qu’ils sont en plein apprentissage.
« D’autres ne peuvent pas accéder à une formation, car aucune entreprise ne veut les former sans savoir s’ils ne seront pas renvoyés avant d’avoir terminé leur apprentissage. C’est inacceptable », souligne-t-il. Caritas exige qu’un délai de cinq ans soit mis en oeuvre pour permettre aux jeunes de passer sans encombre à l’âge adulte.

Demande d’une aide fédérale
Le nombre croissant d’enfants réfugiés a fait monter les coûts pour les cantons, « raison pour laquelle nous demandons un renforcement de l’engagement de la Confédération », a déclaré Hugo Fasel.
« Nous proposons que la Confédération verse aux cantons un forfait spécial pour les enfants réfugiés de 100 francs par jour et par enfant. Elle doit également doubler le forfait d’intégration, versé en une fois, à 12’000 francs », a-t-il revendiqué.
Ces dernières années, le flux de réfugiés mineurs non accompagnés a beaucoup augmenté. Près de 5800 enfants se trouvaient en Suisse à la fin de l’année 2016, contre 2700 en 2015 et quelques centaines jusqu’en 2014, a indiqué Caritas.
Les conseillers nationaux Jacques-André Maire (PS/NE), Balthasar Glättli (Verts/ZH) et Silvia Schenker (PS/BS) vont déposer différents postulats aux Chambres fédérales demandant que des améliorations soient apportées dans l’intérêt de ces enfants.